Intérêt du Debriefing post-traumatique en urgence

Tour EiffelJe ne pensais pas cet été devoir actualiser ce post à la suite de la série d’attentats perpétrés vendredi 13 Novembre à Paris. Les victimes tuées ou blessées n’étaient pas ciblées par les terroristes; il n’y a pas de raisons personnelles ce qui en fait dans l’imaginaire collectif une cause supplémentaire de souffrance par un phénomène de transfert. On souffre pour les victimes parce que l’on s’assimile à elles par un processus d’identification; cela aurait pu être moi ou vous…

Une différence notable dans le vécu des survivants est l’ampleur du nombre de victimes abattues froidement et la nature des lésions que l’on a comparé à une situation de guerre et une médecine de catastrophe.

Les évènements récents survenus dans l’actualité nationale ou internationale en termes d’attentats (Charlie) ou d’accidents  mortels (Germanwings) amènent à évaluer la place du “Debriefing psychologique” dans ces situations de stress post-traumatique.

S’il est vrai que la “tendance” des pouvoirs publics, sous la pression médiatique, s’oriente vers l’activation systématique de cellule de soutien psychologique, sous tutelle du préfet et coordonnée par le SAMU, les avis sont partagés sur la place à accorder au debriefing sur place.

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Pour aborder ce sujet, la première remarque porte sur les compétences spécifiques requises pour prendre en charge une victime à la suite d’un traumatisme impactant son psychisme; c’est une approche par petits pas, en situation et avec empathie mais aussi suffisamment de fermeté pour imposer quelques principes de base comme la nécessité (au plan psychologique s’entend) de reconstituer le vécu de la victime au moment et peu après le traumatisme ou l’accident.

Il est souvent conseillé de pratiquer en deux temps:

  • une étape collective durant laquelle le groupe lorsqu’il y a plusieurs victimes, se rassemble pour recomposer le puzzle des évènements, chacun apportant sa pierre à cet édifice collectif du moment vécu.
  • une étape individuelle, interview en face à face, où le psychologue est à l’écoute et oriente le débat pour évaluer la sévérité des symptomes et l’impact psycho-social sur la victime ou le témoin et son environnement familial et/ou professionnel.

A l’issue de ces entretiens, le rôle du psychologue est d’apprécier à la fois la gravité et l’urgence pour chacune des personnes concernées.

Brain stormingUn point mérite attention à la suite des tragiques évènements survenus à Paris, des interventions de la cellule psychologique de Paris et de la qualification des personnels mis à disposition sur le terrain. Il est apparu a posteriori que l’afflux de victimes et témoins psychologiquement traumatisés a conduit à un épuisement professionnel des équipes de secours et particulièrement des psychologues, affectant son responsable également. Dans la semaine qui a suivi, ce service a mis en place un debriefing assuré par les mêmes responsables opérationnels. Il s’agit là probablement d’une erreur; il est impossible d’être juge et partie, de rester objectif en pareille circonstance. La logique aurait voulu que toute l’équipe de soutien psy, chef de service compris, soit prise en charge par une équipe extérieure, non “polluée” par les évènements et donc objective et en retrait pour analyser et restituer le déroulé des opérations.

La discussion porte donc sur les conditions du debriefing et sur l’intérêt, voire l’urgence à le pratiquer dès que possible; tout le monde ne s’accorde pas là-dessus, la principale objection étant le respect de la vie privée et le caractère volontaire du consentement au soutien psychologique.

Pour avoir suivi un certain nombre de PTSD¹, le constat effectué a posteriori est en faveur du debriefing le plus rapidement

Brain post accidentel avec un caractère quasi obligatoire, surtout en contexte professionnel (Accident du travail/maladie professionnelle) ou d’activités  militaires (soldats,secouristes,policiers,pompiers).

Car il existe une tendance naturelle au déni, au refus d’une souffrance psychologique,  à une surestimation de ses capacités de résilience.

De la même façon, une prise en charge intitiale et précoce est une meilleure garantie de résultat optimal; à défaut de parler de guérison.

Le retour d’expérience met en avant l’approche psychanalytique et la psychothérapie comme préambule à une prise en charge sur le moyen ou long terme. L’approche cognitivo-comportementale, et principalement la technique EMDR (Eye Movement desensitization and reprocessing), très utile, ne devrait intervenir que dans un deuxième temps. Les psychanalystes donnent l’explication que le traumatisme ne doit pas être refoulé car cela compromettrait la récupération avec le risque de réémergence ultérieure de troubles psycho-sociaux.

A l’occasion d’une réunion du Haut Comité Français pour la Défense Civile (HCFDC) consacrée à la nouvelle agence nationale de santé publique, son directeur général, le Pr François Bourdillon a évoqué le retour d’expérience sur la prise en charge des PTSD; des axes d’amélioration sont en cours à partir de données épidémiologiques acquises.

¹PTSD: Stress post-traumatique

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