La pauvreté, lit de #Zika (par A.C.Zimmer)

Anne-Corinne Zimmer est une journaliste d’investigation qui a déjà fait parler d’elle à l’occasion de la sortie de son livre: Polluants chimiques, enfants en danger.

Avec son autorisation, voici l’article paru dans L’Humanité Dimanche (n°500, semaine du 25/02 au 9/03/2016). Sobre et non polémique, l’auteur y expose les thèses ou théories (sans complot) en présence. Mais elle va plus loin en évoquant la virulence de Zika qui aurait pu subir des mutations géniques aggravant sa pathogénicité.

pauvreté au Brésil

Alors que le lieentre le virus Zika, porté par les moustiques, et les cas de microphalies n’est toujours pas complètement avéré, des associations sud-américaines dénoncent la gestion chimique de l’épidemie au Brésil et suspectent l‘utilisation d’un nouveau pesticide.

ACZ

MARIO TAMA / GETTY IMAGES / AFP

 La communauté scientifique semble s’être accordée sur la probabilité que le virus Zika soit toxique pour le cerveau en developpement , au vu du nombre de microcéphalies (périmètre crânien et cerveau anorma­lement petits entrainant de graves déficits), qui aurait augmenté au Brésil, alors en pleine épidémie. Cependant, les preuves du méca­nisme d’action ne sont toujours pas connues, l’agent pathogène non identifié et les statistiques en­core sujettes à caution.

Le nombre de cas suspectés initia­lement au Brésil (plus de 4000) est revu à la baisse (1440). Debut février, 404 cas de microcéphalies sont confirmés (contre 150 chaque année habituellement), parmi les­quels seuls 17 cas liés au Zika sont identifiés. Mais le ministère de la Santé brésilien pense « comme beaucoup de chercheurs que ce chiffre ne signifie pas grand-chose, puisque les tests ne détectent pas toujours la présence du virus ».

L’ETONNANTE ANALYSE DU MINISTERE DE LA SANTE

C’est dans ce contexte que deux associations de médecins, l’une argentine, Médecins dans les villes à zones de pulvérisations (PCST), et l’autre brésilienne, l’Association de médecins pour la santé collec­tive (ABRASCO), ont mis en cause I’usage d’un larvicide (censé tuer les larves d’Aedes – des mous­tiques), le pyriproxyfène, qui a succedé en 2014 à ]’utilisation du temephos, en raison de la résis­tance acquise par les moustiques à ce dernier. Ce que dénoncent ces médecins, c’est avant tout la ges­tion chimique dans ce type d’épi­démie Iiée à Aedes. “La lettre ouverte aux Brésiliens” de l ‘ABRASCO, en janvier , s’étonne de I’analyse du ministère de la Santé « mettant en cause Zika à I’exclusion d’autres facteurs qui peuvent avoir une influence, comme l’usage massif des pesti­cides” alors même que “le lieu de résidence des mères d’enfants por­teurs de microcephalies montre une grande concentration dans les régions les plus pauvres du Brésil “. Et de réclamer une étude épidémiologique prenant en compte l’exposition aux pesticides.

réservoir d'eau BrésilDANS LES REGIONS DELAISSEES ET SANS ACCES A L’EAU COURANTE, LE VIRUS SE DEVELOPPE DANS LES RESERVOIRS.

 

 

PULVERISATION AERIENNE ET REPETEE

Car depuis 40 ans l’usage de pesti­cides dans les régions du nord-est du Brésil est systématique, là où les populations sont laissées à I’abandon, sans urbanisation , sans évacuation sanitaire et surtout sans accès permanent à I’eau cou­rante (Etat du Pernambuco no­tamment). D’ou les ajouts de ce larvicide directement dans les réservoirs d’eau potable (seaux,bas­sines), lieux de prolifération ideaux des moustiques. En plus des pulverisations aériennes.

Alors même que des actions mécaniques (comme au Salvador, où des poissons qui mangent les larves sont utilisés dans les réser­voirs d’eau, endiguant ainsi l’épi­démie de dengue), qui supposent l’éducation des populations, sont bien plus efficaces que la “solu­tion” chimique, qui “démobilise  les populations comptant sur un produit qui tue aussi les préda­teurs naturels des moustiques et nécessitent des applications répétées”, constatent les médecins.

IIs voient également dans les recom­mandations d’usage des pesticides de l’OMS, une stratégie qui, pour faire face à des maladies répandues par les moustiques mais “multi­ pliées par la pauvreté” accroît, in fine, les inégalites sociales et envi­ronnementales. Et de rappeler que l’expérimentation des 15 millions de moustiques génétiquement mo­ difiés Iâchés I’année dernière dans ce même nord-est du Brésil s’est soldée par un échec retentissant quant à la stérilisation des femelles, mais pas pour les bénéfices d’Oxi­tec, I’entreprise de biotechnologies à la manoeuvre…”

Anne-Corinne ZIMMER

EN SAVOIR PLUS…

LA VIRULENCE

Une étude menée en janvier sur deux cas de microcephalie avec virus Zika souligne que la présence des calcifications (dans la boîte crânienne) suggère une infection intra-utérine mais des dommages bien plus sévères observés dans d’autres parties du cerveau y sont rarement associés. L’auteur conclut que des changements dans le génôme du virus ayant été etablis, la possibilité de l’émergence d’une nouvelle souche plus virulente doit être considérée et aucune hypothèse quant a l’étiologie de ces malformations ne doit être écartée.

One thought on “La pauvreté, lit de #Zika (par A.C.Zimmer)

  1. Pingback: Le virus #zika et #microcephaly dans le Nord-est du Brésil: d’un agent causal à un agent servant la cause? | The Ad Spread

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