#zika: Santé Globale ou philosophie politique?

Pourquoi cette question? J’aurais pu sous-titrer “La certitude dans l’incertitude de l’état actuel des connaisances” mais un peu long et pédant. Nos amis américains par le biais de leurs agences nationales de santé publique, à la tête desquelles se positionne le CDC d’Atlanta pour son expertise et leadership en infectiologie, ont acquis la certitude que le virus zika est le coupable; prenant la suite de l’OMS, le CDC a publié un communiqué dans lequel il affirme la mise en cause du virus dans les lésions neurologiques observées. L’anecdote est intéressante car elle traduit le système de management de la santé publique aux Etats-Unis; système reposant sur trois piliers:

  1. Une politique clairement affichée et défendue;
  2. Une communication tous azimuts incluant les NTIC;
  3. Une campagne de levée de fonds.

Obama claims CongressOn comprend la difficulté extrême de ces agences, y compris l’OMS, pour lever des fonds, élaborer des budgets pour faire face aux réponses en termes de moyens matériels et humains, d’infrastructures, de recherche et développement. Le dernier exemple récent avec Ebola renforce le caractère prégnant du financement.

Mais il ne faudrait pas confondre le discours politique s’adressant aux membres du Congrès américain en vue de faire pression avec l’argumentation et l’esprit critique que requiert la recherche médicale. Il peut-être dangereux d’affirmer haut et fort qu’il n’existe plus aucun doute sur la nature causale de la microcéphalie et autres complications neurologiques (Guillain-Barré,myélite,méningo-encéphalite), d’origine auto-immune.

Zika and International Organizations

 Ne pas confondre corrélation avec relation de cause à effet: oui, le virus zika est impliqué dans le processus auto-immun conduisant des lésions neurologiques parfois irréversibles comme la microcéphalie; non, nous ne savons pas à ce jour si le virus seul en est responsable et coupable. Il peut exister d’autres facteurs, d’autres conditions nécessaires et suffisantes pour co-agir avec le virus. Se méfier de la pensée unique…

Dans l’article publié le 13 avril 2016, le NEJM ne répond pas à plusieurs questions soulevées par une partie de la communauté scientifique:

  • Zika: seule cause de microcéphalie?
  • faible % de microcéphalies dûes au virus Zika?
  • répartition temporo-spatiale dans le NE du Brésil?
  • Martinique et microcéphalie: un cas d’espèce?

Puzzling ZikaCe questionnement sur l’analyse des causes des complications neurologiques, en lien avec le virus du Zika, apparait comme un puzzle où chaque pièce a son importance pour obtenir une vision globale, nette et précise du sujet avant d’agir efficacement.

En d’autres termes, la peur ne fait pas fuir le danger; jouer sur les peurs, surjouer devant les politiques pour obtenir des crédits ou une rallonge budgétaire de quelques 1.9 MilliardUS$.

Lucky Luke ZikaIl y a des moments où le scientifique européen ressent la solitude du coureur de fond là où l’américain exprime son “poor lonesome cowboy”, abandonné par la communauté scientifique qui balaye la science d’un revers de main. Le débat est clos et la messe est dite: Zika est le coupable. Fin de partie pour pouvoir passer à autre chose, et s’occuper enfin des programmes de recherche pour le diagnostic rapide, les vaccins, le développement de nouveaux traitements; tout ce qui a été négligé depuis 1947 et qui prend soudain un caractère d’urgence de portée internationale (PHEIC).

Je suis mal à l’aise car on m’a appris à douter, éduqué à développer un esprit critique; encore plus depuis que je conduis des évaluations de risques et d’impacts pour la santé. Rien n’est jamais définitivement acquis et surtout, appliquer le principe de précaution en cas d’incertitude pour l’homme et son environnement. Or je ne retrouve aucun de ces principes fondamentaux dans l’approche suivie qui se veut un modèle du genre. Deux conceptions s’opposent à ce jour:

  1. Les critères de Shepard: orienté résultats d’études en laboratoire (In Vitro)
  2. Les critères de Bradford Hill: reposant sur l’épidémiologie (In Vivo)

Je cherche à comprendre et donc à expliquer:

  • pourquoi le nord-est du Brésil est la région prinicpalement touchée?
  • pourquoi la Colombie n’observe pas de pic de microcéphalies?

Ni l’OMS, ni le CDC n’apportent de réponses sur ces points.

J’ai peur que l’on confonde urgence et précipitation; pour être le premier à découvrir, le premier à publier des résultats d’études; une mauvaise chasse au trésor parce que les cartes sont soit fausses soit truquées. Le Brésil s’enfonce dans une crise politique constitutionnelle; les Etats-Unis, au travers de relations conflictuelles entre la Maison Blanche et le Capitol, ne parviennent pas à réunir les fonds nécessaires pour contenir la progression du moustique Aedes, vecteur du virus Zika, de la Dengue et du West Nile. Quant à l’OMS, elle n’arrive pas à se remettre de l’épidémie Ebola, catastrophique tant au plan humain qu’au plan médiatique et perd chaque jour davantage, toute crédibilité et toute capacité à gouverner pour contrôler les grands fléaux épidémiques.

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