Les prescripteurs ne seront pas les payeurs des arrêts maladie indemnisés en #santéautravail !

Quelle curieuse idée de vouloir faire porter la responsabilité du coût des arrêts maladie sur le dos des médecins libéraux (généralistes ou spécialistes)! Comme si la délivrance d’un arrêt de travail à une personne en souffrance (physique ou mentale) correspondait à une “insoutenable légèreté de l’être humain” plus qu’à une réponse empathique à un besoin réel de santé…Quel déni de reconnaître le malaise et la souffrance au travail qui conduit à devoir s’arrêter pour continuer à vivre.

Pire, de vouloir restreindre la prescription d’arrêt de travail au risque d’aggraver l’état de santé des salariés en souffrance. Ce serait contre-productif et une atteinte à la santé dont on ne dira jamais assez qu’elle regroupe aussi bien la santé publique que la santé au travail, n’en déplaise à certains conservateurs qui tirent avantages à vouloir maintenir leur hégémonie sur la gestion de la branche ATMP de l’assurance maladie.

Le rapport rendu récemment par Charlotte Lecocq, députée de la majorité, fait référence à la mis en place d’un guichet unique pour la santé au travail et la prévention des accidents et maladies professionnelles. Mais dans le même temps, deux ministres (de la santé et du travail) seraient en charge de piloter cette structure sous le contrôle permanent du ministère des finances? Ce serait là aussi retomber dans les travers d’une maîtrise comptable des dépenses de santé (du travail) en lieu et place d’une maîtrise médicalisée (prévention des ATMP). Sans parler de la gestion des risque professionnels pour la santé dont on voudrait faire disparaître le principal outil que représente le document unique (DU) avant de finaliser un plan de prévention des risques pour la santé…

On voudrait appliquer une double peine à ces victimes de la détérioration des conditions de travail:

  • une atteinte à leur santé physique et mentale;
  • une perte de leurs revenus. par des jours de carence.

Que penser d’un système de la santé au travail, orienté principalement vers la prévention et non la réparation mais qui “en même temps” décide de l’inaptitude au travail d’un salarié mais ne lui prescrit pas d’arrêt de travail? Impossible de travailler d’un côté mais absence d’indemnisation de l’autre. Le salarié serait il responsable de son inaptitude professionnelle au point d’en payer le prix fort? Incroyable et pourtant vrai!

Que penser de ces salariés qui préfèrent ne pas déclarer un accident du travail ou une maladie professionnelle afin de garantir leur emploi? Ils préfèrent utiliser leurs congés pour se réparer…

Que penser des gesticulations du ministère du travail, épaulé par les représentants syndicaux, pour refuser de reconnaître le burn out comme une maladie professionnelle; ce qui a été confirmé par les députés récemment? On préfère parler d’un syndrome d’épuisement professionnel, terme plus pudique…et moins pénalisant.

Tout ceci n’est ni construit ni raisonnable en pratique et tend simplement à renforcer la main mise du patronat sur la branche ATMP principalement financée à partir des cotisations patronales indexées sur leur sinistralité; un peu un système assurantiel reprenant le malus mais sans avoir instauré un bonus pour les entreprises vertueuses et responsables qui ont investi dans la prévention. Ces dernières savent que pour chaque Euro (€) investi, il existe un retour sur investissement (ROI) de 2.5 à 5 sur le moyen ou le long terme.

Mais vouloir faire porter le chapeau aux médecins prescripteurs traduit un manque de courage  politique ou une incompréhension totale du mécanisme générateur de ces arrêts maladie.