#attentats et Etat de Droit: Elements de réflexion.

Face à des barbares, sans foi ni loi; face à un état islamique qui n’a rien d’un état, est-il illégitime et anti-constitutionnel que la France transgresse l’Etat de droit pour un état d’exception?

Il ne faut pas abandonner le débat aux seuls politiques; anthropologues, philosophes, sociologues et juristes constitutionnalistes doivent contribuer à la réflexion. Quelle rôle l’Humanisme doit occuper dans nos prises de décisions dès lors que l’humain a disparu pour laisser place à la sauvagerie, dès lors que la Nature reprend ses droits sur la Culture en privilégiant la violence comme moyen d’expression de la colère?

Constitutions et etat de droitNous ne sommes plus au temps des Gentlemen pour faire la guerre, dans le respect des conventions de Genève; nous faisons face à des tueries en masse réalisées par des exécuteurs de basses oeuvres, des jeunes manipulés ou des malades psychiatriques recrutés par des mouvements salafistes qui n’ont rien d’enfants de choeur. Peut-on seulement les appeler combattants et leur appliquer des “droits”? Et en se référant à quelle branche du droit?

Hélène Tigroudja adresse la question: Quel(s) droit(s) applicable(s) à la guerre au terrorisme au lendemain de l’attentat du 9/11 à NYC.

Qu’est-ce que l’Etat d’exception?

Etat d'exception

Définition de l’Encyclopédie Universalis

Etat de droit en politiqueCe débat apparaît cruellement, aujourd’hui et a posteriori, comme beaucoup plus pertinent et utile que les discussions stériles qui ont entouré pendant de longs mois et distrait le Parlement de ses priorités, la déchéance de nationalité; et pour quel résultat au final? La démonstration de son inutilité car tous les terroristes des derniers attentats sont morts en cours d’opération, neutralisés par les forces de police. La déchéance de nationalité pour les deux derniers (St Etienne de Rouvray), français, eût été d’un impact nul sur le passage à l’acte tant leur détermination était forte. Pour autant, des mesures exceptionnelles d’investigation, de recoupement de fichiers S, de suivi des condamnations avec aménagement de peine (bracelet électronique) auraient probablement permis d’éviter ce massacre sacrificiel sur l’autel de l’église.

Dans un régime de terreur, la peur s’entretient par des attaques symboliques, ciblant notre civilisation judéo-chrétienne, notre culture latine, nos habitudes et moeurs occidentales, notre démocratie et ses droits de l’Homme (et de la Femme). Le silence, la prière, la déchéance de nationalité ne viendront pas à bout du terrorisme. Il nous faut penser d’autres mesures, élaborer un nouveau logiciel pour appréhender la mouvance salafiste et disposer d’un arsenal juridique à la hauteur de la situation présente dans le respect des institutions de la V° République mais en se servant des outils constitutionnels qu’elle renferme. Il est plus que temps d’inaugurer ce chantier, un pan de la Task force de réflexion rapide comme enseigné par Patrick Lagadec.(Lire son dernier ouvrage:”Le Continent des Imprévus”). On y parle gestion de crise…

#AttentatsParis Le discours sécuritaire du Président:entre déni et défi du risque.

En ces périodes troubles et incertaines qui conduisent le chef de l’Etat français, le Président Hollande a déclaré l’état d’urgence pour cause de guerre contre l’EI, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la stratégie poursuivie ou sur la logique sécuritaire qui l’anime.

Hollande et GayetRevenons un peu en arrière, au temps des amours présidentielles et des escapades parisiennes en scooter. Quelle protection? Quel service de sécurité rapprochée? Pure inconscience des risques ou défi au protocole en matière de sécurité?

 Et à présent, intéressons nous à la posture présidentielle durant les attentats du vendredi 13 novembre, et par son acte d’insouciance ou d’héroisme empathique envers les victimes; non sans faire une allusion à la tirade de Molière dans les Fourberies de Scapin: “Mais qu’allait-il donc faire dans cette galère?” On frémit d’autant plus a posteriori, lorsque l’on apprend que le principal terroriste était encore présent sur les lieux,dissimulé dans la foule de badauds mais surtout à proximité de l’exécutif de l’état réunissant au même moment et au même endroit le président, son premier ministre et le misitre de l’intérieur!

Hollande devant BataclanAlors comment interpréter ce comportement: un déni du risque sécuritaire ou un défi lancé aux terroristes et aux paparazzi? L’inconscience du danger ou le refus de se laisser enfermer dans une logique sécuritaire. Dans ce dernier cas, pourquoi alors prononcer l’état d’urgence le lendemain, prolongé de trois mois par les parlementaires?

Quelle différence maintes fois soulignée avec les services de sécurité de la Maison Blanche où le Président Américain se plie aux injonctions de sa garde rapprochée!

En l’espace de quelques jours, l’exécutif délivre un curieux message en direction des français: gouverner par l’exemple pour François Hollande et la déclaration publique de menaces d’attentats à l’arme chimique et biologique pour Manuel Valls. Cela pourrait s’apparenter au “Même pas Peur” qui hélas et en l’occurence renvoie à une absence d’appréciation des risques, entre évaluation et impacts, entre prévention et contrôles. On s’y perd, au point de se questionner sur l’organisation de la sécurité.

Se protéger, c’est aussi réduire son exposition aux risques avant de recourir à des équipements de protection individuelle.

#Armeschimiques:Le risque n’est pas une hypothèse.Comment l’évaluer?

La déclaration du Premier ministre fait débat sur son opportunité en contexte de stress post-traumatique et en terme de gestion des risques pour la santé.

Si le ministre des armées, J-Y Ledrian, relativise la menace, d’autres parlementaires alimentent le débat en parlant à présent d'”hypothèse,pas totalement négligeable”. Arrêtons nous un instant sur cette hypothèse de travail…

  • Le risque n’est pas une hypothèse. C’est une probabilité de réalisation d’un danger.
  • Le risque nécessite une double approche: celle de son évaluation et des moyens de sa prévention; celle de ses conséquences et des mesures correctives en réponse lorsque le risque est réalisé.

S’agissant d’armes chimiques telles que déjà rencontrées au cours des deux guerres mondiales ou plus récemment en Syrie, leur impact dépend pour beaucoup du dégré de confinement, sous entendu de la capacité de diffusion dans un espace ouvert ou fermé/clos. On comprend que les dommages générés par un gaz neurotoxique varient radicalement si l’attaque se produit en surface ou si elle se produit dans une salle de spectacles ou dans un métro sous-terrain. En logique d’efficacité terroriste, la cible serait donc plus un espace clos qu’une attaque à l’air libre.

masque à gaz WWIIL’arme chimique est une arme de destruction massive. Cela suppose que pour y répondre, nous disposions en hommes et en médicaments, des quantités suffisantes immédiatement disponibles compte-tenu de la rapidité des effets toxiques et paralysant. Au mieux, si la menace prend un caractère général et répétitif, le recours à des masques respiratoires, dits masques à gaz s’imposerait, comme ce fut le cas durant les deux guerres mondiales. Existe-t-il des équipements de protection collective ou bien faut-il avoir recours à des équipements de protection individuelle? C’est sur ces points qu’il convient de travailler pour apporter une réponse rassurante et c’est la question à adresser aux autorités en charge de la protection civile.

La référence à l’arme bactériologique est encore plus compliquée à gérer et à prévenir.

Si la menace est grave et imminente, se pose ou s’impose la fermeture des sites potentiellement cibles d’attentats comme ce fut le cas ce weekend en Belgique à Bruxelles: métro et grandes surfaces, salles de spectacle et cinemas fermés…

D’après l’arrêté signé le 14 novembre par le directeur général de la santé, Benoît Vallet, les autorités considèrent que “le risque d’attentats terroristes et le risque d’exposition aux neurotoxiques organophosphorés constituent des menaces sanitaires graves qui appellent des mesures d’urgence”.

Com.de criseLa communication de crise, par temps de guerre, fait partie intégrante de la gestion de crise. Il semble que le discours politique ne l’ait pas encore bien assimilé, en y omettant des éléments de langage rassurants et non anxiogènes. Les chargés de communication devraient , en pareille situation extraordinaire, apprendre ces éléments de langage de crise pour éviter de miner le terrain médiatique ou de polluer le débat déjà compliqué et sensible. Les autorités peuvent toujours dire que l’arrêté renvoie à la préparation de la COP 21, la référence aux attentats existe bien.