Que retenir de #Zika en Colombie; comparaison avec le Brésil.

Colombia 2La Colombie se présente un peu comme le groupe témoin s’agissant de l’étude épidémiologique du Zika en Amérique du sud. Alors que le virus est apparu au printemps au Brésil, la Colombie fait face à l’épidémie de Zika depuis l’automne 2015. Il existe donc un déclage de quelques mois pour observer l’émergence de cas de microcéphalie et pouvoir comparer les deux pays. Nous en sommes à plus de sept mois et demi des premiers cas de Zika rapportés en Colombie et que voyons nous:

77.267 cas cliniquement suspects de Zika

  • 6402 confirmés par test positif

550 maladies du système nerveux central

  • 353 syndromes de Guillain-Barré (GB)
  • 5    Microcéphalies (MC)

On est bien évidemment surpris par la différence dans les chiffres et surtout par le plafonnement des microcéphalies à 5 cas alors que l’épidémie de Zika régresse à présent en Colombie.

Brésil et pauvretéDe quoi être surpris par les dernières estimations publiées à partir des données collectées en Polynésie française et au Brésil, dans l’état de Bahia. Utilisant un modèle mathématique, le risque de microcéphalie survenant en début de grossesse (premier trimestre) d’une femme infectée par le virus Zika serait estimé entre 1 et 13% ce qui semble surprenant. On peut s’interroger sur la fiabilité des prédictions, sur l’existence d’un biais statistique et sur la qualité des données épidémiologiques. Surtout, on doit confronter ces données avec celles rapportées par la Colombie.

Données en provenance du Brésil:

120.161 cas suspects au Brésil

7623 suspiçion de complications neurologiques / 3257 confirmées

  • 1434 maladies neurologiques confirmées (dont GB)
  • 208 microcéphalies

Dans son excellent Blog, Ian Mackay analyse ces données pour en déduire que:

15% des complications neurologiques (MC + GB) sont positives à Zika

ce qui représente seulement 3% des cas suspects au Brésil.

On est assez loin des prévisons entre 1 et 13% de microcéphalies de nouveau-nés de mère infectée par le virus zika. Mais surtout, cela pose la question de l’arbre des causes pour les 85%  de complications neurologiques enregistrées au Brésil…

On ne peut s’empêcher d’évoquer de possibles co-facteurs, dont le rôle de réactions immunitaires (auto-immunité) croisées s’attaquant au système nerveux central des adultes (GB) ou des foetus (MC + autres lésions ophtalmologiques). Des co-infections TORCH ou bien le rôle des anticorps anti-DNV et/ou anti-CHIKV.

Eipdemio Brazil_ZIKV_DENV_CHIKV

#zika l’unique cause de #microcephaly? Une déclaration prématurée du CDC

Le CDC, emboitant le pas à l’OMS, nous prive d’un débat contradictoire scientifique en affirmant que la cause des microcéphalies observées est le virus Zika. Fin de partie donc et temps de se mettre au travail pour la recherche et le développement d’un vaccin et de nouveaux traitements anti-zika. Si on peut comprendre le but poursuivi, à savoir une massive et rapide levée de fonds pour lutter contre le vecteur moustique tigre, Aedes aegypti et albopictus (voire d’autres espèces) au moment où la saison arrive à maturité pour propager les différents virus (Dengue, Chikungunya, WNV et Zika), le chemin emprunté surpend la communauté scientifique, habituée à plus de réserve à défaut de plus d’égard.

D’un revers de la main, le CDC balaye un arbre des causes cherchant à expliquer l’émergence de cas de microcéphalies au Brésil, pour établir sa vérité. Le CDC a besoin d’argent, de 1,9 Milliards de Dollars que le Congrès américain lui refuse jusque-là. La polémique qui oppose la Maison Blanche aux Républicains n’est pas sans lien avec la future élection présidentielle et la politique prend le pas sur la santé publique.

NTD_zikaA ce stade, on ne peut dissocier les deux enjeux et s’interroger sur la menace réelle que fait planer le virus Zika: n’a-t-on pas délibérement exagéré le risque de microcéphalie? Les chiffres alarmant avancés par les autorités du Brésil, en pleine crise politique au demeurant, se trouvent peu à peu contredits, dévoilent une grande disparité géographiques qui interpelle sur la nature causale du virus Zika, seul, ou associé à d’autres facteurs de risque qui ont déjà été évoqués mais en pointant sur le rôle favorisant ou aggravant du virus de la Dengue ou de ses anticorps acquis (IgM ou IgG) suite à une infection voire co-infection.

La Colombie apparait comme un groupe témoin dans ce dilemne et à ce jour, peu de cas de microcéphalies en lien avec le virus Zika: deux cas pour être précis au 18 avril 2016. Des interrogations se posent sur la valeur prédictive des modèles mathématiques utilisés récemment en épidémiologie; à commencer par Ebola qui a largement surestimé le nombre de morts en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, les prévisions pour la Colombie ont été revues à la baisse passant de 600.000 cas à 200.000. Au point de constater qu’il existe moins de microcéphalies dues à Zika qu’en lien avec d’autres causes virales connues comme la Rubéole ou le Cytomegalovirus (CMV).

Alors, n’assiste-t-on pas à une course contre la montre, devant la montée de plus en plus de preuves sur le caractère multi-causal des microcéphalies, pour damer le pion aux politiques et récolter un budget qui ne serait pas attribué en dehors d’une menace terroriste? La comparaison est brutale mais sera peut-être efficace.

Dilma RousseffNe cherche-t-on pas à cacher des vérités au Brésil, dommageables pour la population des régions du nord-est mais surtout désastreuses pour un gouvernement en perdition au lendemain du vote de destitution par la chambre basse du parlement brésilien? Car les cas avérés de microcéphalies reflètent, quelle qu’en soit la cause, une gestion calamiteuse de la politique de santé publique: l’abandon de programme de développement sanitaire et d’adduction d’eau potable, de traitement des déchets et de la gestion des décharges publiques, des eaux usées, le manque de moyens humains et matériels pour diagnostiquer les cas de Zika (suspectés mais non testés) et l’absence de prise en charge médico-sociale sur le long terme des futurs infirmes microcéphales et de leur mère, abandonnés de tous. La faillite d’une economie et d’une politique qui se voulait sociale et solidaire mais qui se révèle corrompue et déconnectée de la réalité.

Alors, il est légitime de s’interroger sur le caractère prématuré de la déclaration du CDC concernant le virus Zika et sa mise en cause définitive dans les microcéphalies.

#Microcephaly / #Zika perçue comme des enjeux politiques?

Depuis le 1° février 2016, date de déclaration de l’état d’urgence sanitaire de portée internationale, nous assistons à une curieuse gestion de crise du Zika qui se transforme en crise politique internationale.

  • Commençons donc par l’OMS ZikaMapqui doit collecter des fonds pour mettre en place les moyens d’évaluation, d’études et de réponse aux nombreuses questions soulevées avec l’arrivée du virus Zika en Amérique du sud. L’émergence d’abord des cas de microcéphalies en lien avec le virus, puis la mise en évidence d’autres maladies neurologiques, d’origine auto-immune, ont fait naître des peurs se traduisant par des menaces pour la santé publique. Le spectre de la microcéphalie dont certaines photos indécentes circulent dans les médias fait vendre mais cyniquement, il n’y a pas assez de morts, par comparaison à Ebola, pour collecter des fonds en urgence.
  • Au Brésil, qui attire l’attention pour plusieurs raisons, l’arrivée du virus Zika au printemps 2015 donne l’occasion aux autorités du pays de détourner l’attention sur un sujet qui occupe les esprits, craintes à l’appui. La maladie Zika et ses complications occultent (pour un temps) les scandales de corruption, les démêlés politico-judiciaires en vue de la destitution présidentielle. Mais il existe une autre pression politique qui consiste à nous faire prendre des vessies pour des lanternes, à nous faire avaler des couleuvres en se focalisant sur le nombre élevé de cas de microcéphalies et en leur attribuant pour cause unique, le virus Zika. Zika Map BrzailTout ceci pour ne pas aborder l’épineux sujet de la disparité socio-économique, les inégalités territoriales et les impacts environnementaux de l’absence de politique de développement durable, principalement dans les régions du nord-est du Brésil. Des conditions sanitaires déplorables, une absence de réseau de distribution d’eau potable, une pauvreté qui conduit à des états de malnutrition nous sont ainsi cachés, pudiquement voilés derrière la préparation, à grands frais, des Jeux Olympiques de cette année à Rio.
  • Que se passe-t-il aux USA, où le Congrès refuse de débloquer les fonds nécessaires pour mettre en place un programme de préparation à la lutte antivectorielle pour prévenir la propagation du Zika dans la moitié sud des Etats-Unis? white HouseLa Maison Blanche, à l’initiative de son Président Obama, vient de décider d’engager les fonds alloués au programme Ebola (600 M$) pour les redistribuer en faveur de Zika. Une façon de mettre les membres du Congrès américain en face de leurs responsabilités à quelques mois de l’échéance électorale présidentielle et à un moment où le Parti Républicain ne fait pas bonne figure, incarnée par le candidat Donald Trump. On pense naturellement aux manipulations politiciennes telles que rapportées dans la série House of Cards mais cela n’est plus de la fiction aujourd’hui.

On s’éloigne,hélas, des enjeux de santé publique, de portée internationale en effet, de la nécessité de soutenir des programmes de recherche autant en labotatoire (In Vitro) que de lancer des études épidémiologiques (In Vivo) pour collecter les informations nécessaires en vue de répondre aux questions qui se posent sur le rôle et l’implication du virus Zika dans les complications neurologiques chez le foetus comme chez l’adulte.