#Giletsjaunes: La violence et le Sacré ou la théorie du bouc iémissaire…

Avec le mouvement des gilets jaunes, je ne peux m’empêcher de penser à René Girard et à “ces choses cachées depuis la fondation du monde”…

La dérive observée lors des émeutes parisiennes du samedi 1er décembre nous renvoie à une violence historique; immanquablement, les épisodes de la révolution de 1789 ou de mai 1968 remontent à la mémoire et ravivent les peurs.

La patrie est en danger!

Après la série d’attentats, entre surenchère et “mimétisme” traduisant une “folie” meurtrière voire suicidaire, j’avais déjà évoqué l’oeuvre de René Girard sur le mimétisme; j’y reviens dans un contexte un peu différent mais qui trouve peut-être ses racines dans le même conflit de valeurs: la recherche d’une victime expiatoire!

Aujourd’hui, c’est la fête à Macron: les gilets jaunes et/ou les casseurs (émeutiers des extrêmes) réclament sa tête; son départ, sa démission. Ces martyrs des temps modernes, sacrifiés par le capitalisme, après l’avoir porté aux marches du pouvoir (ou plutôt en marche et non en marge), espérant plus que le Messie multipliant les pains, une frange de la population “laborieuse”, celle qui n’arrive pas à finir les mois, à payer les crédits et les impôts, vient réclamer son dû sous la forme d’un retour sur investissement. L’idole politique est devenue subitement la victime expiatoire; le bouc émissaire du mal vivre de ces français sans pouvoir d’achat.

Les casseurs et certains gilets jaunes, radicalisés ou insoumis, s’en sont pris à des symboles forts de la république et de son Histoire; ainsi des tags sur l’arc de triomphe et le comportement schizophrène observé aux pieds de la tombe du soldat inconnu où les mêmes gilets jaunes ont entonné la Marseillaise pendant que d’autres saccageaient l’intérieur du monument. Au son des canons… de bombes lacrymogènes.

Au delà, il existe une volonté de s’attaquer au “Sacré”, à savoir le pouvoir exécutif, via l’ordre public. Quelle violence libérée contre les forces de l’ordre, anarchique et gratuite; satisfaire ce besoin animal d’en découdre! Une nouvelle énergie ou réaction en chaine, éruptive voire disruptive par son caractère imprévisible et incontrôlable. Absence d’organisation, rejet de porte-paroles ou de représentants officiels désignés; jusqu’à l’absence de revendications claires. Ce mouvement de contestation est protéiforme et donc sans limites…

Etrange destin que celui d’Emmanuel Macron; du leader haranguant les foules enthousiastes au président de la république conspué à chacune de ses sorties.

Et pourtant, force est de constater que la société a survécu à cette loi
effroyable, que les peuples de la terre ont surmonté tant bien que mal le
phénomène.
  • Pourquoi? se demande Girard.
  • Comment se fait-il que le désir mimétique, dont la puissance de nuisance est universellement prouvée ne nous ait pas dévasté totalement?
  • Comment les sociétés sont-elles parvenues à trouver un antidote à ce poison?
C’est ici qu’intervient la deuxième intuition de Girard, consistant à relier
l’apparition du sacré avec le problème de la violence (d’où le titre de son livre majeur: “La Violence et le Sacré”). L’anthropologue observe en effet, à partir d’une lecture attentive des mythes ancestraux (de toutes origines), que ces mythes nous racontent la même histoire, à savoir la conjuration, ou plutôt la neutralisation de la violence (cette épée de Damoclès qui plane sur l’Humanité) par le sacrifice d’une victime, appelée «bouc émissaire».