#giletsjaunes et #lycéensencolère: des droits et devoirs en démocratie

La logique retenue par certains contestataires est édifiante en matière de démocratie;est ce que la liberté des uns est supérieure à celle des autres?

Liberté d’expression et de manifester; liberté de travailler; liberté de circuler…

Est-ce qu’au nom de cette liberté en démocratie, je peux m’en prendre aux forces de l’ordre, les insulter puis les frapper?

Ai-je droit de tout casser pour le plaisir de bruler et de piller comme un vulgaire délinquant?

De quel droit suis-je, comme gilet jaune ou comme lycéen, investi pour m’autoriser à combattre l’autorité en charge du maintien de l’ordre public, en toute impunité et avec la garantie de ne pas être blessé?

Replaçons le contexte de ces dernières manifestations, non déclarées en préfecture, donc logiquement interdites; il s’agit de situations insurrectionnelles, violentes qui mettent en danger la sécurité des personnes et des biens.

Que l’on puisse ensuite comparer l’arrestation des 150 lycéens, qualifiés de sauvageons par J.P Chevènement en 1990, à une “rafle” dont le nom évoque les heures sombres de la seconde guerre mondiale, est indécent; ce ,d’autant plus que cette arrestation s’est faite sans blessé de part et d’autre.

A croire que l’on en oublie les devoirs de chaque citoyen envers la société comme envers son voisin.

Le devoir de déclarer une manifestation auprès de la préfecture; le devoir de respecter l’ordre public, sur la voie publique…

Le devoir des lycéens à respecter ses professeurs; à ne pas les menacer avec une arme de poing; ne pas les insulter ou agresser verbalement et physiquement.

Cette démocratie que prône certains gilets jaunes ou certains lycéens écarte le vivre ensemble et le respect de l’autre (un citoyen qui possède les mêmes droits): Oui, la démocratie, c’est accepter de vivre dans une société en respectant les droits de tous et les devoirs de chacun.

#loielkhomri:Fin de partie

C’est une loi née aux forceps et dans la douleur, à coups de 49.3.

 Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l’aveugle océan à jamais enfouis !

Combien de patrons morts avec leurs équipages !
L’ouragan de leur vie a pris toutes les pages
Et d’un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Nul ne saura leur fin dans l’abîme plongée.
Chaque vague en passant d’un butin s’est chargée ;
L’une a saisi l’esquif, l’autre les matelots !

Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh ! que de vieux parents, qui n’avaient plus qu’un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
Ceux qui ne sont pas revenus !

Oceano nox, Victor Hugo

Combien de socialistes, de syndicalistes et de grévistes se reconnaîtront dans cette allégorie après le passage forcé de la loi El Khomri? Une loi dont il ne reste que les eaux, troubles voire méconiales comme témoignage d’une gestation longue et comme exemple de pénibilité au travail.

N’y voyez pas une critique sur le fond; simplement sur la forme. Curieuse leçon délivrée aux parlementaires comme aux syndicalistes sur le dialogue social…un déni de démocratie qui se dispense du débat contradictoire et qui élude le “conflit” tant souhaité en psycho-sociologie et clinique du travail (voir Yves Clot sur la qualité du travail mieux que la QVT) ou son collègue du CNAM, Christophe Dejours dont je vous recommande la lecture de “la panne”.

Loin de ces considérations, ce sont de longues litanies transformées en slogans pour manifestants arpentant les rues de Paris et remplaçant tristement les résistants aux côtés du Général De Gaulle; non sans rappeler ses propos extraits du discours de l’Hotel de ville le 25 Aout 1944:

Paris outragé,

Paris brisé,

Paris martyrisé mais Paris libéré !

suivi sur la fin de sa célèbre réflexion:

De Gaulle et la chienlit

 Que l’on repense à tout ce gâchis en temps et en argent; pire, l’image retenue en France et à l’étranger de ce pays incapable de se réformer et de discuter. Une nouvelle fracture sociale et politique, une crise morale à présent. Perte de confiance du politique, crise des institutions de la V° République aux prises avec l’expression d’une démocratie participative.

On ne sait plus très bien si cette fin de partie entre Assemblée Nationale et Sénat est obtenue par KO ou chaos de la société civile.

#Etatdurgence : Acte II ou quand l’urgence se fait attendre.

Certes les attentats terroristes de 2015 justifient la proclamation initiale de l’Etat d’Urgence! Certes cet état justifie la transgression de certaines règles républicaines et démocratiques avec l’atteinte à certaines libertés dans le but de protéger les français, d’assurer la sécurité intérieure de la France.

état d'urgence et libertés

Pour autant, y a-t-il matière pour modifier notre constitution et y faire figurer l’état d’urgence? Est-ce bien une priorité républicaine ou simplement une opportunité politique? On peut légitimement s’interroger sur les intentions dès lors que s’y associent des mesures liberticides destinées à protéger la démocratie: antinomique.

La déchéance de nationalité est un sujet qui divise, à l’intérieur même des partis politiques. Il serait bon de s’interroger sur l’impact que représenterait l’inclusion d’une mesure dégradante et punitive comme faire valoir de fondements de la République. C’est un mal très français que de concevoir le fonctionnement des sociétés sous un angle négatif.

Les anglo-saxons évitent ces pièges tendus par les communicants pour sombrer dans le pessimisme ou noircir le tableau; à titre d’exemple, ils parlent de bien-être au travail là où nous employons le mot mal-être…cela en dit long.

 Si une telle mesure comporte une valeur symbolique, s’interroger sur sa portée réelle et donc sur sa pertinence en terme de résultat pour prévenir les attentats terroristes est un préalable. La constitution ne doit pas devenir un tract publicitaire ventant les mérites du patriotisme républicain; elle demeure la référence législative qui impose son respect par le politique et non l’inverse.

Le Droit et si besoin le législateur ont suffisamment de moyens et d’autorité sur l’exécutif pour assurer un contrôle sur la mise en oeuvre de mesures coercitives ou de privations temporaires de certaines libertés individuelles sans avoir recours à une modification de la Constitution. N’appelle-t-on pas les membres du Conseil Constitutionnel les “Sages”?

L’approche politique française est trop souvent dogmatique et manque par conséquent de pragmatisme. Il a été question d’instruction civique dispensée dans les écoles élémentaires; au delà de cette éducation de l’esprit civique, nous parlons du respect des autres et de leurs différences, de tolérance face à la diversité, de laïcité républicaine.

Je m’insurge contre les incivilités des cyclistes qui ne respectent plus rien: ni le code de la route, ni les voitures, ni les piétons…c’est une violation des libertés et c’est l’abandon de la notion du “vivre ensemble” qui anime une nation.

Quelle image d’unité renvoyée aux jeunes en mal d’instruction lorsque le Premier ministre apostrophe publiquement des membres de l’observatoire national de la laïcité? Quel message de tolérance et de liberté d’expression par ceux qui ont défilé pour soutenir Charlie en janvier 2015? Quel avant goût de régime liberticide par un gouvernement socialiste qui souhaite porter atteinte à la Constitution française?

Au final, il se peut bien que l’urgence soit ailleurs et se fasse attendre.

#Etatdurgence: Limiter les risques de dérives par un contrôle républicain

Etat d'urgenceIl existe un risque de dérive sécuritaire en lien avec un état d’urgence qui s’installe dans la durée et en l’absence de contrôle de légalité. Attention au mélange des genres quand le pouvoir exécutif s’immiscie dans la vie politique et sociale comme un rempart ou un gardien des libertés individuelles ou collectives. Que devient et qui incarne alors le contre-pouvoir démocratique?

La République au secours de la démocratie.

Ce qui importe, c’est le contrôle républicain que le peuple peut exercer sur le gouvernement et qui permet de vérifier que les décisions du pouvoir vont bien dans le sens du bien commun.

Philip Pettit, On the People’s Terms. A Republican Theory and Model of Democracy, Cambridge University Press, 2012, 338 p.

Il est tout autant inquiétant de voir un Premier Ministre tenir officiellement un discours invitant à voter pour un candidat n’appartenant pas à sa majorité en lieu et place de son propre représentant politique que d’entendre ou lire le Président de l’Assemblée Nationale s’en prendre à son opposante aux élections régionales en ayant recours à des propos indignes et diffamatoires. Où sont les limites du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif et qui exerce la fonction de contrôle de cet exercice? Difficile d’arborer une double casquette à la fois d’Homme d’Etat de par les fonctions occupées et de simple candidat à une élection; un devoir de réserve ne doit-il pas s’imposer?

Risques de m'état d'urgenceSurpris par l’attitude irresponsable (inconscience ou manoeuvre tactique ?) de nos chefs qui agitent des chiffons rouges ou mettent de l’huile sur le feu, entre un PM qui évoque la guerre civile ou des attaques à l’arme chimique, une ministre de l’éducation qui prépare les écoles au terrorisme et organise des exercices d’alerte et d’évacuation. Il n’est jamais bon de surfer sur les peurs. Où est la volonté de rassemblement national, d’unité républicaine en situation de crise et de surcroît en période d’état d’urgence? Inquiétant…Angoissant…renforçant la notion d’insécurité.

Comment et par qui exercer le contrôle de la juste application de l’état d’urgence, limité, encadré au motif de sa promulgation; non dévoyé et utilisé à des fins liberticides en supprimant le droit d’expression et en instaurant la censure.

  • Le premier niveau de contrôle est naturellement le judiciaire.
  • Le second, le Parlement qui vote la prolongation ou la levée.
  • Le troisième niveau renvoie à la notion de légalité ou d’excès de pouvoirs de l’exécutif au regard des droits de l’homme et dans l’intérêt de protéger la République. Le Conseil Constitutionnel et le Conseil d’Etat sont les gardiens du droit et des libertés.