#etatdurgence et gestion de crise:prévenir les risques

Charlie, le Bataclan, et ses dizaines de victimes décédées ou traumatisées à vie; qu’avons nous appris dans la gestion de crise comme dans l’analyse des risques en lien avec le terrorisme?

Quel retour d’expérience? Quelles mesures pour contrôler les risques à défaut de les prévenir? C’est à ces questions qu’il convient de répondre non pour accuser quiconque mais pour être force de proposition et surtout d’amélioration; car le passage en revue démontre un laxisme très proche de l’irresponsabilité en haut lieu de l’Etat; ce même exécutif politique qui a été amené à proposer l’état d’urgence au point de proposer de l’inscrire dans le marbre de notre Constitution.

Un état d’urgence, c’est gérer une crise dans la durée en vue de prévenir des attentats et toute atteinte à l’ordre public menacé sur son territoire. Depuis maintenant 18 mois, nous assistons à une succession de prises de décisions, parfois de non-décisions aussi ou de retour en arrière, préjudiciables en termes de sécurité des personnes et des biens. Rien de pire en management que les injonctions paradoxales. Si l’exemple doit venir d’en haut, de l’exécutif, nous avons, hélas, un contre-exemple; mais reprenons les faits dans leur chronologie:

  1. Netanyahu et sécuritéCharlie Hebdo: Manifestation internationale en présence de chefs d’état et de leurs services de sécurité (voir garde du corps de Natanyahu). Protection très rapprochée et absence de B.Obama.
  2. Hollande au BataclanLe Bataclan: Recueillement sur site des trois premières  personnalités de l’Etat: le chef, son PM et le ministre de l’intérieur. Quelle belle cible, sachant que l’un des auteurs de cet attentat était encore présent sur les lieux ou à proximité…
  3. L’Euro de football et les fans zones: 90.000 personnes rassemblées à Paris.
  4. Les manifestations syndicales à Paris et en province: incidents et destruction de mobilier urbain; dégradations de bâtiments publics, une cinquentaine de policiers blessés.
  5. A venir bientôt, le Tour de France, et l’itinérance des services de sécurité…
  6. Sans oublier le traditionnel défilé des forces armées à l’occasion du 14 juillet.

Une longue liste d’exposition au risque, risque que l’on aurait pu éviter mais les choix opérés et confirmés montrent qu’à une évaluation et gestion des risques, on y préfère en haut lieu, une sur-exposition médiatique et la prise de risque politique.

Nous ne parlons visiblement pas des mêmes choses et il revient aux services secrets et de police, tout le mérite d’accompagner, d’anticiper et de contrôler les inconséquences de ces messieurs dont on mesure chaque jour davantage l’irresponsabilité.

Jamais une telle chose en terme de sécurité intérieure et de protection de personnalités ne se serait produite outre-atlantique où le Président en personne n’a pas voix au chapitre sur ces questions de protection rapprochée. La sureté intérieure tout comme la sécurité du Président renvoient à la fonction et aux pouvoirs qui lui sont conférés; visiblement ce qui fait défaut en France où notre Président n’hésite pas à prendre des risques injustifiés pour satisfaire sa vie privée qu’il n’arrive pas à mettre de côté pour la durée de son quiquennat. Inquiétant!

Il conviendra, pour l’avenir, de garder ces “exemples” comme des cas d’école lors des sessions de formation à la gestion de crise des cadres en charge de la sécurité. Il serait utile également que nos institutions républicaines intègrent ces nouveaux éléments que sont les expositions aux risques et décident de ce qui est autorisé ou pas en fondant la décision sur une pleine et entière gestion des risques.

#Armeschimiques:Le risque n’est pas une hypothèse.Comment l’évaluer?

La déclaration du Premier ministre fait débat sur son opportunité en contexte de stress post-traumatique et en terme de gestion des risques pour la santé.

Si le ministre des armées, J-Y Ledrian, relativise la menace, d’autres parlementaires alimentent le débat en parlant à présent d'”hypothèse,pas totalement négligeable”. Arrêtons nous un instant sur cette hypothèse de travail…

  • Le risque n’est pas une hypothèse. C’est une probabilité de réalisation d’un danger.
  • Le risque nécessite une double approche: celle de son évaluation et des moyens de sa prévention; celle de ses conséquences et des mesures correctives en réponse lorsque le risque est réalisé.

S’agissant d’armes chimiques telles que déjà rencontrées au cours des deux guerres mondiales ou plus récemment en Syrie, leur impact dépend pour beaucoup du dégré de confinement, sous entendu de la capacité de diffusion dans un espace ouvert ou fermé/clos. On comprend que les dommages générés par un gaz neurotoxique varient radicalement si l’attaque se produit en surface ou si elle se produit dans une salle de spectacles ou dans un métro sous-terrain. En logique d’efficacité terroriste, la cible serait donc plus un espace clos qu’une attaque à l’air libre.

masque à gaz WWIIL’arme chimique est une arme de destruction massive. Cela suppose que pour y répondre, nous disposions en hommes et en médicaments, des quantités suffisantes immédiatement disponibles compte-tenu de la rapidité des effets toxiques et paralysant. Au mieux, si la menace prend un caractère général et répétitif, le recours à des masques respiratoires, dits masques à gaz s’imposerait, comme ce fut le cas durant les deux guerres mondiales. Existe-t-il des équipements de protection collective ou bien faut-il avoir recours à des équipements de protection individuelle? C’est sur ces points qu’il convient de travailler pour apporter une réponse rassurante et c’est la question à adresser aux autorités en charge de la protection civile.

La référence à l’arme bactériologique est encore plus compliquée à gérer et à prévenir.

Si la menace est grave et imminente, se pose ou s’impose la fermeture des sites potentiellement cibles d’attentats comme ce fut le cas ce weekend en Belgique à Bruxelles: métro et grandes surfaces, salles de spectacle et cinemas fermés…

D’après l’arrêté signé le 14 novembre par le directeur général de la santé, Benoît Vallet, les autorités considèrent que “le risque d’attentats terroristes et le risque d’exposition aux neurotoxiques organophosphorés constituent des menaces sanitaires graves qui appellent des mesures d’urgence”.

Com.de criseLa communication de crise, par temps de guerre, fait partie intégrante de la gestion de crise. Il semble que le discours politique ne l’ait pas encore bien assimilé, en y omettant des éléments de langage rassurants et non anxiogènes. Les chargés de communication devraient , en pareille situation extraordinaire, apprendre ces éléments de langage de crise pour éviter de miner le terrain médiatique ou de polluer le débat déjà compliqué et sensible. Les autorités peuvent toujours dire que l’arrêté renvoie à la préparation de la COP 21, la référence aux attentats existe bien.